Escales
un Mahé 36 en vadrouille

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[blog] 36 heures (de Saint Vincent & les Grenadines à la Guadeloupe)

lundi 30 novembre 2020

5h45

Le jour commence à poindre, je termine mon troisième café, il est temps de commencer à se mettre en branle : liberer la grand voile, enlever les tauds, ranger ce quoi doit l’être. Cette fois je n’ai pas oublié de fermer le panneau de secours dans la salle de bain : j’ai mis un gros post-it sur mon traceur [1]

6h15
Parti, presque à l’heure. Je passe une bonne demi-heure à essayer de recalibrer mon pilote automatique … sait-on jamais, qu’il décide de retomber en marche ? Le calibrage du compas est ok, mais pas celui de l’angle de barre : sans doute la manip que m’a fait effectuer le SAV, avec l’humidité terrible de ces cales moteurs, empêche maintenant un bon contact du connecteur.
Il faut décidément que je fasse poser des ventilateurs d’aération !

9h00
Sous le vent de Saint Vincent, pas de vent bien sûr : j’ai choisi le départ aujourd’hui à cause de la houle minimale (1.2m environ), et du petit vent (10 à 15kt tout du long, selon les prévisions).
Autant je vais être protégé du dévent de Sainte Lucie, et j’espère de la Martinique, étant assez loin de la côte, autant je me taperai celui de la Dominique en plein.

12h00
Me voilà dans le canal de Sainte Lucie à Saint Vincent. J’estime que le vent ne doit pas dépasser les 10 nœuds, vu ma vitesse sur l’eau (5 kt+). Par contre j’ai toujours un courant favorable !
Je découvre, ou redécouvre plutôt, la navigation sans instruments à vent, à part le windex [2]. Je crois que la dernière fois, c’était dans mon adolescence, quand je naviguais en 420 !
Du coup, je navigue avec le premier ris dans la grand voile. C’est exagéré sans doute, mais je gagne en tranquillité d’esprit là où je perds un peu de vitesse. Du moment que je maintiens ma moyenne aux alentours de 5,5 kt, ça me va.

17h30
Voilà plus de onze heures que je suis parti, j’ai de la chance : le vent a été relativement stable, et je file bien, ma moyenne doit être proche des 6 kt. J’ai échappé à tous les grains, qui se sont abattus sur Saint Vincent derrière moi, et maintenant Sainte Lucie alors que j’aborde le canal de la Martinique. La nuit devrait être plus pluvieuse, cela dit.
GG a passé toute la matinée sous la banquette du carré, elle fait visiblement ça soit quand la mer est agitée, soit quand le moteur est en marche. Elle s’est aventurée dehors en début d’après midi, la mer était plus calme, nous étions protégés par Sainte Lucie. Mais elle n’est pas allée bien loin, et s’est résolu à faire pipi dans le cockpit … elle se retenait depuis trop longtemps !
Elle est venue s’installer contre moi, sur la banquette, dans l’après midi, elle a visiblement besoin d’être rassurée. Et maintenant que la mer est de nouveau croisée, elle s’est remise sur le plancher, sur son tapis.
Elle n’a toujours pas déféqué, depuis hier soir. Je ne sais pas combien de temps elle va tenir.
La nuit arrive dans une demi-heure. Cela fait bien longtemps (6 mois, je crois, pour la descente vers Grenade) que je n’ai pas fait de navigation de nuit, et encore étais-je accompagné de ISail et Tibor. Ca ne m’emballe pas plus que ça, ni l’absence de sommeil à venir.

01h30
Je n’ai toujours pas vu de voilier depuis mon départ, cela me semble fou. Le CROSS-AG [3] a diffusé un avurnav [4], juste après la météo en début de soirée, indiquant qu’une escale en Martinique était possible pour les voiliers qui désiraient prendre du repos … j’ai vraiment eu l’impression qu’il s’adressait à moi.
GG est allé sur la plage avant après son dîner, le plus naturellement, comme si le bateau n’était pas secoué par la mer croisée du canal de Martinique. Elle a pris le temps de renifler ses crottes avant que j’arrive, un peu inquiet tout de même : c’est sa première “vraie” traversée, et si elle ne semble plus malade, je ne sais pas à quel point elle a le pied marin.

4h30
Je n’ai pas du dormir plus de 3h, et encore. J’ai été réveillé par le bruit des voiles qui claquaient, on était dans le dévent de la Pelée. Dans le canal de la Dominique, le vent est revenu, toujours difficile à estimer, probablement dans les dix nœud.
Escales m’épate toujours autant par sa vivacité, sous 2 ris (et génois à moins de 50%), il file bon les 5.5 nœuds, parfois 6. Ma moyenne en serait impeccable, si ce n’était le fort courant de marée qui me ralentit parfois d’un bon nœud.
La lune est pleine, et superbe. Elle s’est levée et dégagée des nuages au sud de la Martinique, l’éclairage était magnifique, puissant, assez irréel avec tous ces cumulus qui se détachaient nettement.
La petite houle secondaire du nord, qui rendait la navigation inconfortable, a disparu. Ne reste plus que celle de l’océan, ni très longue ni très forte (j’avais choisi cette date de départ de Saint Vincent sur ce critère, et le vent), rend la navigation douce, comme on les aime.
L’absence de données vent (force, comme direction) m’oblige à vérifier régulièrement le réglage des voiles : choquer jusqu’au faseillement, puis border. C’est fastidieux, surtout dans les canaux où le vent est dévié au sud par l’île qu’on laisse derrière, et au nord par celle qu’on atteint.

6h15
Le soleil se lève.
Dans mon travers arrière, un gros nuage s’enroule autour de la montagne Pelée, jusqu’au ciel, comme pour en souligner la majesté.

De l’autre côté du chenal, la Dominique est sous les nuages. Les rayons du soleil se glissent petit à petit à l’intérieur, et dévoilent par contraste les rideaux de pluie de ce grain matinal.
Le vent s’est levé, et renforcé. Bientôt, à peine une paire d’heures, il faiblira de nouveau, peut être à 6 ou 7 kt maximum, arrêté par les sommets de la Dominique.
Le bateau avance bien, il ne reste qu’une cinquantaine de miles.

9h00
Un long train de nuages et de grains court sur mon est, de la Guadeloupe à la Martinique. C’est une course de vitesse dont j’aimerais arriver perdant, mais il semblerait que la Guadeloupe tienne à m’accueillir sous la pluie.
Je vais être bien saucé, la pluie m’encercle.

13h
Je ne sais pas comment elle l’a su, peut être l’intonation de ma voix, ou alors des odeurs qui sont entrées dans le carré … Mais GG est debout, queue frétillante, et pars s’installer sur la plage avant, museau vibrant, à l’écoute de toute senteur - qui visiblement sont nombreuses.
Encore une quinzaine de minutes et je serai à la bouée, îlet à Cabrits.

J’aurai finalement mis 32h, moteur allumé sous les deux dévents de Saint Vincent et la Dominique, mais sous-toilé, assez largement. Escales est vraiment un bon navigateur.

Notes

[1écran permettant d’afficher carte et instruments

[2sorte de girouette qui permet de connaître l’orientation du vent relative au bateau

[3Centre régional d’assistance et de secours en mer, zone Antilles Guyane

[4avis aux navigateurs

Vos commentaires

  • Le 01/12/20, Bernard VINEL En réponse à : 36 heures (de Saint Vincent & les Grenadines à la Guadeloupe)

    Beau récit de navigation... très intéressant... et qui nous rappelle de bons souvenirs...
    Quant à ton accueil en Guadeloupe, nous avons vécu la même chose... par contre nous avons eu un accueil
    chaleureux et convivial en Martinique... deux « France » différentes...
    Amitiés P et B

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