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[blog] Et c’est le drame

mardi 13 octobre 2020

Voilà plus de trois mois que je suis à Grenade, et l’état-île, depuis ce temps, affiche fièrement l’absence de cas Covid. Tout comme beaucoup de ses voisins (St Vincent, S Lucie, La Dominique, Antigua & Barbuda, St Kitt&Nevis), elle commence déjà à se projeter vers une -relative- ouverture des frontières, dans ce qu’on appelle ‘la bulle CARICOM’, les états caribéens ayant peu ou pas de cas.
Pour aller d’une île à une autre, il nous suffit désormais d’un test PCR récent. Point de quarantaine ni de procédure particulière.

Mais voilà. Tout ça, c’était jusqu’à hier.
Un étudiant Grenadien, revenant du Canada, se fait effectuer un prélèvement à son arrivée à l’aéroport, puis part faire sa quarantaine, en attendant le résultat, chez lui. Convaincu qu’il est négatif, il brise cette quarantaine, et va faire la fête dans une soirée. Le lendemain, le résultat arrive : positif.

Toute l’Île ne parle que de ça, et le ressent comme une honte. Honte qu’un local soit à l’origine de la résurgence du virus sur l’île, et qu’il n’ait pas respecté des règles qu’ici, tous respectent peu ou prou.

Dans tous les commerces, nos mains sont désinfectées, et dans les restaurants et bars, la température est prise, nos coordonnées notées pour faciliter le contact tracing. Le masque est obligatoire partout à l’extérieur (et bien sûr dans les commerces et transports), et globalement la mesure est respectée.

Grenade a eu un des confinements les plus durs des Caraïbes : tous les commerces fermés, toute activité extérieure interdite, autorisation de faire les courses une seule fois par semaine. Bien sûr, il n’y a pas “d’Etat providence” ici, ni chômage ni compensation de perte de chiffre d’affaire, la solidarité a donc du s’organiser.
A la fin du confinement, c’est tout un pan de l’économie qui a disparu (le tourisme “de masse”), ne restaient plus que les voiliers venus chercher refuge pendant la saison des ouragans. Maigre consolation : le secteur de la plaisance (marinas et chantiers) est peut être le seul qui ait tenu le coup.

Et juste au moment quand tous les efforts allaient payer, que le gouvernement s’apprête à réouvrir l’aéroport et faire revenir les touristes, un inconscient, même pas un étranger, fait tout capoter.

Les gens ici sont furieux (et moi je suis bien content que ça ne soit pas un plaisancier à l’origine de cette résurgence), parce qu’on ne sait pas encore combien de personnes auront été contaminées par lui au final, ni les implications sur l’ouverture des frontières, ni sur l’appartenance à la fameuse “bulle caricom”.

C’est un drame national.

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