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[blog] La crise

lundi 8 mars 2021

22h30. Je regarde un navet franco-belge, dont le pitch était pourtant bien. Je suis déjà à la moitié du film, et l’action n’a toujours pas commencé. GG est dans son coin, sur le canapé du carré, roulée en boule sur sa serviette, comme tous les soirs. Tout est calme, la nuit est claire, on entend que le clapotis de la mer, et mon navet.

Soudain, elle jappe, et je lui réponds, sans tourner la tête, de se taire. Elle re-jappe, et, la regardant, je la vois par terre, tournée vers le canapé, queue entre les jambes, oreilles droites, dans une attitude de crainte. Je la rassure, la calme, la flatte, elle aura été piquée par un moustique qui l’aura surprise.

La voilà dehors, toujours la queue entre les jambes. Elle est inquiète, ça se voit. Elle n’arrête pas de regarder autour d’elle, craintive. Elle se met même à trembler des pattes arrières, étonnant. Mais de quoi a-t-elle donc si peur ?

Elle monte une marche, et deux, et s’apprête à grimper sur le passavent [1], et c’est maintenant de tous ses membres qu’elle tremble. J’arrête le film, me met à côté d’elle au moment précis où elle flanche, ses jambes ne la soutiennent plus. Je l’emporte sur le canapé, les tremblements s’accentuent, elle jappe comme si cela venait des entrailles, avec une telle force que son corps entier sursaute.

J’appelle un bateau copain “je suis inquiet, je n’ai jamais vu ça, que faut-il faire ?“ Empoisonnement ? Peut être, un sale truc avalé sur la plage, mais je ne sais pas. Il ne sait pas non plus, me conseille d’appeler un autre bateau copain, qui lui a un chien, avant de me dire qu’il arrive, malgré le couvre-feu. L’autre bateau copain, lui non plus, ne sais pas : son chien avait eu un empoisonnement, mais il vomissait. Pas GG. Elle ne fait que trembler, et trembler.

Sans avertissement, les pattes de GG se raidissent, son cou et sa tête s’arqueboutent, elle est figée, pupilles dilatées, sans un bruit. Je la caresse, lui parle, et j’entends le dinghy qui approche, ils sont là. Quand ils rentrent dans le bateau, toute raide qu’elle soit, sa queue frétille, elle les a reconnu, elle les aime beaucoup. Et elle fini par se détendre.

Elle est fiévreuse, très, plus de 40°. Ils la couvrent d’une serviette humide, pendant que j’appelle le vétérinaire qui avait vérifié ses papiers, lors de mon entrée à Antigua. Il me redirige vers une deuxième, qui conseille d’attendre que la crise passe, la faire boire, et faire baisser la température.
J’irai la voir le lendemain matin, en consultation.

Une bonne heure plus tard, la température est redevenue presque normale, les copains rentrent chez eux. Eux les couche-tôt, il sera plus de minuit quand ils se mettront au lit. Merci les amis 🥰.

Je décide de dormir à côté d’elle, dans le carré. La crise est passée, il n’y a pas de raison, mais elle refuse toujours la moindre goutte d’eau. Elle semble épuisée, la langue pendante, je reste encore inquiet.
Je m’installe à son côté, la gamelle d’eau à la main, que je lui présente toutes les dix minutes. Elle la renifle, et s’en détourne. Je change régulièrement la serviette humide pour qu’elle soit toujours fraîche.

J’éteins toutes les lumières, et garde juste la loupiote rouge. A peine je me rallonge à ses côtés qu’elle a une deuxième crise. Pattes en extension, tête exagérément relevée et pupilles dilatées, langue cherchant de l’air frais, j’ai l’impression qu’elle me regarde dans une supplique silencieuse, un cri de panique, un appel à l’aide. Je la prends dans mes bras, lui parle doucement, la crise finit par passer, elle reste là, exsangue.

Assez vite, une troisième crise, puis une quatrième. Je craque, je ne peux rien faire, à part lui parler, l’encourager, en larmes, impuissant et démuni. J’ai peur pour elle, son cœur bat à une vitesse folle. J’ai aussi peur pour moi, de la perdre.

Les minutes passent, et les crises. Je ne sais plus combien il y en a eu, trois quatre ou cinq. Elle n’en peut plus, allongée sur son flanc, la langue pendant sur le côté de la bouche, à la recherche de fraîcheur : elle est brûlante. Elle a 41°5.

Elle fini doucement par se calmer, et la température par tomber. A 38°5, elle trouve la force de se traîner dans un autre coin du canapé, peut être mieux ventilé ? mais refuse toujours de boire. Il est plus de 3h, je m’effondre.

Il aura fallu le retour de la clinique vétérinaire pour qu’elle accepte enfin de boire, et manger avec un appétit d’ogre. Le verdict : une crise de type épileptique, “ça arrive“. Et ça peut revenir, mais rien n’est sûr.

Aujourd’hui GG va bien, elle récupère encore de cette fatigue intense : elle dort - encore plus qu’avant, et n’a pas cherché à jouer avec moi. Elle est plus câline, aussi.
Pauvre petit bout de chou.

Notes

[1le côté du bateau qui permet d’aller vers l’avant du bateau

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